21 janvier 2013

De Prudhoe Bay à Fairbanks

11 Juin.  Nous avons erré dans cette ville (entrepôt plus que ville...) très laide à la recherche d'un litre d'essence pour le réchaud, un comble quand il y a des puits de pétrole tout autour, et aussi des sprays au poivre. Baloo n'a qu'à bien se tenir ! Et puis, nous avons mangé comme des gorets et mis plein de bonnes choses dans nos sacoches, la peur du lendemain...finalement cet hôtel est une bonne opération, la tentation est grande de rester un jour de plus. Mais non, on file.

 

On se les gèle ! 


A peine sortis de Deadhorse, par un petit 5 °C, nous sommes surpris de rencontrer déjà beaucoup d'animaux ; d'abord un troupeau de boeufs musqués,

 

 

puis des centaines de caribous (de ficelle?). Ils nous regardent passer, imperturbables, mais dès que l'on sort l'appareil photo, ils nous montrent leur cul, c'est énervant!

 

 

 

 

Il y a aussi de nombreuses marmottes. La piste est  agréable et bien roulante.

 
12 Juin. On ne pensait pas que notre première nuit sous la tente se passerait aussi bien. Bruno avait promis de faire le chien de garde, mais n'a même pas entendu les camions qui se sont garés à coté de nous. Au réveil, mauvaise surprise, le réchaud ne fonctionne pas, ce qui ne laisse rien présager de bon pour la suite. Déjà un air d' « into the wild... ». Heureusement, le piètre gardien a d'autres talents, fait un super diagnostic, et mieux que ça, répare la pompe. Les premiers reliefs arrivent, rien de bien méchant, mais au final un peu plus de 700m de dénivelé et presque 90 km au compteur, la nuit risque d'être bonne celle là aussi.

 

 

 

Derrière, le pipeline 
 

 

 


Notre camping 3 étoiles 

 

 

 On se les gèle toujours, mais pas les motards branchés. L'un d'eux nous a montré son équipement anti-froid : ses vêtements sont parcourus de résistances chauffantes reliées à la batterie de la moto, on n'arrête pas le progrès. 
 

Un bien méchant renard nous a coursés pour nous mordre,

 


 mais pire encore fut la rencontre avec l'ennemi public n°1, volant, celui ci, et mordant, lui aussi. Il ne se déplace jamais seul, mais en armée Napoléonienne ; les moustiques nous livrent une bataille inégale, heureusement, nous avons la parade.

 

 

 

 

 13 Juin. Pas évident de sortir de la tente par gros brouillard. Heureusement, vers 10H le temps se lève, c'est comme ça tous les jours. V'là que pour améliorer la piste, les travailleurs nous l'arrosent copieusement ; bilan des courses, nous roulons dans une boue collante, ce qui est un peu épuisant.

 

 

 

De plus, les camions nous crépissent en passant, nous ne sommes pas jojo. Nous approchons du col, cela se sent dans nos pattes. nous arrivons tard sur le lieu de camping, mais cela n'a guère d'importance puisqu'il n'y a pas de nuit, même pas de pénombre.

  

 


 

 

Difficile de croire qu'il est 2heures du matin ! 

14 Juin. Il se met à pleuvoir dès le petit matin, d'abord une pluie fine, puis un déluge. Pas moyen de sortir de la tente. Profitant d'une accalmie relative, nous allons explorer les alentours pour tenter de trouver un abri pour passer la nuit suivante. Nous trouvons refuge dans la véranda de la maison des « garde parc », où 2 charmantes étudiantes nous servent un bon thé et le brownie qui va avec...

 

Il y a déjà là un pauvre bougre grelottant qui est tombé dans le lac à moitié  gelé  alors qu'il y faisait du canoé  ! Nous nous installons dans la véranda pour la nuit. 

 


15 Juin. Sara et Heather, fusil à l'épaule, spray au poivre à la ceinture, sont parties à 3h du mat, sous la pluie qui n'a pas cessé une minute, pour aller reconnaître un endroit où niche un bout d'oiseau de rien du tout, mais qui est très rare donc très protégé. Nous attendons la fin des pluies diluviennes, faisons turbiner le réchaud sous un petit crachin et partons, le moral comme le temps, bas !

 

 

Finalement, la journée qui s'annonçait calamiteuse se déroule mieux que prévu. Le soleil finit par se montrer, entre 2 nuages noirs. Chemin faisant, nous sommes doublés (c'est pas dur !!!) par un 4X4 avec cellule, à son bord, 2 jeunes Allemands très sympas. Leur tablette de chocolat nous a donné des forces pour grimper le col le plus haut d'Alaska : Altigun Pass .

 

 

 

 

Bien que ne culminant qu'à 1420m, l'enfoiré ne nous fait pas de cadeau, surtout dans les derniers km, avec des rampes à 10%. Au sommet,un paysage de haute montagne, genre Iseran. En bas de la descente, nos amis teutons sont là, et nous montrent dans leur jumelles un beau spécimen de grizzli. A l'oeil nu, on voit une tache qui bouche dans la montagne, mais avec les jumelles, le bestiau impressionne. Ils ont cru nous faire plaisir, mais nous devons camper pas loin.... Il n'y a pas de camping le long de cette route, il y a juste de temps en temps (tous les 80km environ) des aires de repos pour les camionneurs, et pour les dingos de cyclistes qui passeraient par là. N'imaginez pas une aire avec restauroute et compagnie, il y a juste des toilettes sèches. Pour la bière, bernic, pour l'eau, vous puisez dans la rivière, pour manger, vous puisez dans vos sacoches, et vous constatez à chaque fois que vos réserves fondent comme la neige au soleil, parcequ'avec les efforts, vous avez les crocs. Pas d'épicerie non plus le long de cette route, sur plus de 800km, mais qu'est ce qu'on est venus foutre ici, je vous le demande !

 

 

16 Juin. Un drôle de réveil : la butte de gravier contre laquelle on avait posé la tente s'est barrée tout à coup, pour un peu, on se retrouvait en pyjama dans le godet de la pelle mécanique ! Le brave homme rigolait, pas nous. On vous imagine vaguement moqueurs :

 

       - mais quelle idée de dormir au bord de la route ?  

 

 Réponse : il n'y a pas le choix, car de part et d'autre de la piste, il y a soit des marécages, soit des rivières...

 

L'endroit où nous avons dormi se trouve à 850m d'altitude, c'est la limite de la forêt, plus haut il n'y a que de la toundra, parce qu'à cette latitude, il ne fait pas assez chaud pour que les arbres fassent la photo synthèse. Cependant, nous notons une différence de température significative avec celle que nous avons connue plus au Nord, si cela continue, on quitte le bonnet. Nous avons fait un détour pour aller voir un village de trappeurs et de chercheurs d'or, et croyez nous, les films de John Wayne restituent mieux la vie et l'activité de ces villages.

 

 

 

 


 

Nous ne nous sommes pas attardés, because peu à voir, 3 baraques et 2 ou 3 vieilles machines du temps des chercheurs d'or, et sommes repartis pour 17 miles, pensant trouver l'Eldorado à Coldfoot (pied froid). Et oh surprise, à Coldfoot, il n'y a que dalle. Enfin, presque. Ce n'est pas un village, juste une station de camions, un motel à 200 dollars la nuit, euh, merci, finalement nous adooorons le camping.

 

 

Nous avons droit ( moyennant finances) à la douche, mais ça, c'est parce qu'ils ont du sentir que cela fait une semaine que nous ne nous sommes pas approchés d'une savonnette. Nous nous sommes vengés sur le self, et c'est les poches et les ventres bien gonflés que nous avons rejoint notre hôtel 1000 étoiles, planté pile en face, comme ça demain matin, pas trop de route à faire pour le petit déjeuner. 
Et comme le manager nous a à la bonne, il va nous autoriser à utiliser son ordi quelques minutes pour vous envoyer ce petit feuilleton, mais faut le dire à personne, ce n'est pas dans les pratiques de la maison, c'est vraiment exceptionnel et patati et patata, dites merci à super boss. Bon, vous comprendrez bien que pour les photos, ce sera pour plus tard, faudrait voir pas exagérer. Et plus tard, ce sera dans 6 ou 8 jours, parce qu'il n'y aura encore que dalle entre ici et Fairbanks. Ici tout est démesurément grand, les distances entre les patelins (on vous le rappelle : plus de 800 km de piste sans un bout d'épicerie, la traversée de la Gaule sans pouvoir acheter un morceau de pain), les camionneurs sont immenses, leurs tatouages itoo, leurs camions avec des sorties d'échappement comme nos cheminées de maison. Ces routiers sont sympas avec nous (sauf quand ils nous éclaboussent), c'est dommage qu'ils parlent une drôle de langue ! Ce soir encore, il y en a un qui est venu à notre table pour nous féliciter, il nous voit tous les jours sur la piste car il fait des aller retour entre les différentes stations de pompage du pipeline. Ce pipeline est lui aussi immense, 1400 km, vous imaginez un peu, il suit la Dalton Highway comme son ombre, puis continue vers Anchorage. Il est surveillé en permanence par des hélicos.

 

 

 


17 Juin : Journée de congé, lessive, et mangé....beaucoup mangé!

 



Et vu pas mal de monde, puisque tout le monde s'arrête ici, les motards (quasi tous des allemands), les camping car, une équipe qui tourne des films sur les grizzlis, bref on ne s'ennuie pas, la journée est vite croquée.

 

 

 

18 Juin. Du goudron, oui, du goudron, nous fendons l'air, enfin ! De part et d'autre de la route, des immensités désolées qui ont subi un incendie il y a 5 ans, un incendie immense qui a ravagé des milliers d'ha.

 

 


 

Tout à coup, nous plantons les freins car dans une petite rivière, se déroule un joli spectacle : des castors sont entrain de se baigner et de jouer, d'autres transportent des morceaux de bois.

 

Un peu plus loin, nous sommes arrêtés par un véhicule : les rangers à leur bord. Qu'avons nous fait ? Un excès de vitesse? Ils veulent savoir comment s'est passé notre rencontre avec le renard quelques jours plus tôt et s'assurer que nous n'avons absolument pas été en contact avec lui. Les nouvelles vont vite dans le pays ! Ils nous expliquent que le goupil était vraisemblablement enragé et que nous avons échappé à 12 piqûres dans le ventre...

Nous nous fixés un but pour ce soir : dormir au cercle arctique, nous y arrivons fourbus, et comme nous avons oublié de faire le plein d'eau à la dernière rivière, nous sommes un peu « justes », il nous faut trouver un mécène. Par chance, il y a là un jeune couple d'Allemands (on vous l'avait dit...), et on fait coup double : l'eau et la bière ! Nous passons un bon moment avec eux, ils vont au Nord, en voiture de location, et dorment dedans, à l'abri. Au matin, ils n'ont pas eu à attendre la fin de la pluie pour s'échapper, un coup de démarreur et roulez jeunesse! On est verts !

Question à 100 sous : qu'est ce que le cercle arctique ? tic tac, tic tac..Sur cette ligne imaginaire, latitude 66°33' , le soleil reste au dessus de l'horizon pour un jour complet le 21 Juin (et en dessous le 21 Décembre). Fin de la petite remise à niveau.

 


 19Juin . Sur le coup de midi, la pluie se barre enfin, nous aussi, et nous allons prendre un solide petit déjeuner à la rivière. La burqa ne nous quitte plus,


des hordes de moustiques insatiables vrombissent autour de nous. Sur le vélo, ils ne nous embêtent pas, pour peu que l'on roule assez vite, mais aujourd'hui, la route est terrible ; nous devons franchir plusieurs collines, dont celle « du castor », avec ses pentes entre 9 et 12%, alors on vous laisse imaginer le désastre. Les routes ont été taillées au plus simple, pressés qu'ils étaient de ramasser l'or noir,ou alors les gens de la DDE n'étaient pas fortiches en trigonométrie.


On ne dirait pas, mais ça penche ! 

Quoiqu'il en soit, cela n'a pas l'air de gêner les camions avec leurs multiples chevaux sous le capot, il n'y a manifestement que deux ânes sur leurs vélos qui tirent la langue.

 

20 Juin . De la forêt, des km de forêt, et de bien belles lumières, car, entre 2 averses, il fait beau. Le soleil est même fort parfois, et puis, il pleut à nouveau, nous devons jouer avec la garde robes. Tiens, je mettrais bien un débardeur, ah non, plus maintenant,  mon ciré et mes bottes, etc etc...et si nous utilisions la cape comme voile? Bof, pas terrible, en descente, elle se  gonfle et nous ressemblons à 2 bonhommes Michelin, mais pour les couleurs, ça jette super !

  


Nous allons sortir de la Dalton Highway (elle n'a d'highway que le nom!) lorsqu'un orage éclate, un monstre, avec flammes et bombes, la totale. Et là, les moustiques deviennent  complètement tarés, ils nous attaquent de partout, même dans les yeux. Après une fort courte concertation, nous décidons de nous mettre en grève, les conditions de boulot devenant vraiment trop pénibles (le passé qui ressurgit ? ) Un couple dans un pick up nous demande si ça va pour nous, on lui dit que ça irait sûrement mieux si on était à bord de l'engin, et nous devenons les heureux passagers d'un Nissan dernier cri qui nous conduit à Fairbanks. Linda et Rod sont en promenade pour quelques mois, ils vivent au Nevraska;

 

Merci Linda et Rod !

Il nous dépose dans une sorte de camping auberge où nous logeons dans un tipi,  trop de la balle, lol.

 

 

 

Là, on fait ami ami avec un Pakistanais d'Amsterdam...et qui est venu jusque là pour voir le soleil de minuit, parceque nous sommes au solstice , et le pauvre n'a pas de bol, car il n'arrête pratiquement pas de pleuvoir.


21Juin. Nous sommes allés au supermarché, en empruntant une piste cyclable aussi large que nos départementales, nous nous sommes garés sur un parking giga. Sur un emplacement voiture, on peut y stationner un semi remorque. Dans le magasin, c'est l'horreur, des km de bouffe en tout genre, beaucoup de light, no sugar, no fat, on se demande comment ils font pour être si gros, ils doivent se venger sur le coca, c'est sûr, et manger des glaces, en douce. Retour à la société de consommation dans toute son horreur, mais bon, il  faut que l'on fasse les courses pour repartir en campagne. Du coup, on ne s'est pas privés, on a vu large, big carton sur le porte bagages, retour au tipi.


Il y a ici Christian, un Allemand qui parcourt l'Alaska sur son trike. Il est super médiatisé, super sponsorisé, payé pour se promener. Mais ne croyez pas qu'il s'amuse tous les jours, il en bave aussi. Son engin est trop lourd (faut dire qu'il trimballe beaucoup de matos) et les côtes lui sont bien indigestes. Comme il connait déja très bien l'Alaska puisqu'il y est déja venu souvent, en moto, il nous déconseille la route que l'on pensait emprunter, et nous en conseille une autre, beaucoup plus belle. V'la qu'il bouleverse complètement nos plans ce con, mais  ce qu'il nous a raconté nous a vraiment fait envie, le problème, c'est que c'est dans la direction opposée à celle que nous pensions prendre. Bon, alors, on ne sait pas si on va l'écouter, pour vous, ça ne change pas grand chose, sauf que maintenant, vous ne savez plus : vont ils à l 'est ou à l'ouest ? Raison de plus pour nous rester fidèles, vous aurez bientôt la réponse sur ce site. A bientôt !

En conclusion pour cette partie : 

La Dalton Highway est la seule route qui relie Deadhorse, (Prudhoe Bay )à Fairbanks sur 840 km. Dès le début, nous savions qu'elle serait éprouvante : non goudronnée sur plus de 3/4 du tronçon, aucun magasin, aucune habitation. Il n'existe que deux arrêts pour se restaurer sans pouvoir pour autant se ravitailler en nourriture. Cette route s'est rapidement vue attribuée, dès sa mise en fonction, le surnom de "The Kamikaze Trail", la route kamikaze. Bon, sans aller jusque là, il faut reconnaître que traverser l'Alaska à vélo est une idée un peu folle. Que ce soit pour le défi ou pour l'isolement, la découverte de cet immense territoire sauvage est engageante. Camping sauvage presque partout, une centaine de km de vélo par jour sur route de terre, ou un mauvais goudron, l'aventure pure. Bien sûr, on peut décider de prendre davantage son temps, mais cela signifie emporter encore plus de nourriture, ça finit par faire vraiment lourd ! Sans parler du risque de  se trouver nez à nez avec un grizzli, cela ne nous est pas arrivé et c'est tant mieux, mais c'est  quand même un peu stressant de circuler à vélo dans ce genre d'endroit.
Enfin, le réchauffement climatique se fait sentir ici : 
Alentour, c’est lepermafrost qui fond. Or c’est près d’un quart des terres de l’hémisphère nord qui est recouvert de permafrost  ! En Alaska, ça devient dramatique : les piliers supportant le pipe-line hérigé à la fin des années 70 de Prudhoe Bay à Valdez, réfrigérés par des poteaux-frigos pour garder le permafrost, ne suffisent plus à le maintenir en place. Une castastrophe écologique pire que l’ Exxon Valdez est à prévoir à brêve échéance si le pipe-line venait à se rompre. Or il donne depuis longtemps d’inquiétants signes de fatigue . Il fournit environ 8% de la production totale des Etats-Unis.

Bon, une route un peu éreintante, mais qui valait la peine! 


 

< Précédent   Suivant >
[ Retour ]


Commentaires sur De Prudhoe Bay à Fairbanks

Nouveau commentaire